Nous avions la conscience de la guerre! – Histoire d’un succès militaire des soldats congolais

« Nous avions la conscience de la guerre! » – André Kitadi, Vétéran congolais de la seconde guerre mondiale

(Extrait de « Congo, une histoire » par David Van Reybrouck, p. 204 – 206)

Au printemps 1940, quand l’armée allemande terrassa la Belgique en dix-huit jours, Pierre Ryckmans, alors Gouverneur General du Congo Belge, decida de rejoindre les alliés et de poursuivre la lutte contre les nazis. Winston Churchill demanda un appui matériel et militaire de la part du Congo belge. La Lybie en Afrique du Nord menaçait l’Egypte tandis que dans la Corne de l’Afrique constituait un danger pour le Kenya et le Soudan britanniques.
Depuis les colonies britanniques Churchill envoya des troupes en Abyssinie (actuelle Ethiopie). A partir de février 1941, le onzième bataillon de la Force publique congolaise vint grossir leurs rangs. Il comprenait environ trois mille soldats et deux mille porteurs congolais, encadres par un seul officier belge pour cinquante congolais. Ils se déplacèrent par camion et par bateau au Soudan, ou les températures l’après-midi montaient jusqu’à 45 degrés à l’ombre. De là, ils envahirent l’ouest montagneux de l’Abyssinie. Les camions furent repeints : sur la peinture verte encore fraiche, on projeta du sable brun pour améliorer le camouflage. Mais dans cette région inhospitalière, les soldats devaient la plupart du temps marcher. La journée, les troupes mouraient presque à chaud, la nuit, à haute altitude, elles claquaient des dents. Quelques semaines plus tard, quand la saison des pluies se déchaina, il fallut parfois bivouaquer dans la boue. Les petites villes d’Asosa et de Gambela purent être saisies sans grande difficulté. Au bout de quelques fusillades courtes mais intenses, les troupes italiennes battirent en retraite. Leurs officiers ne prirent même pas la peine d’emporter leurs sabres et leurs raquettes de tennis. Le combat fut bien plus difficile à Saio, une importante ville de garnison italienne près de la frontière soudanaise. Apres de violentes canonnades, le 8 juin 1941, les italiens démoralisés demandèrent une trêve, alors qu’ils étaient nettement plus nombreux et puissants sur le plan militaire. La demande fut acceptée sous réserve d’une capitulation totale. Pas moins de neuf généraux italiens furent faits prisonniers, dont Pietro Gazera, le commandant de l’armée italienne en Afrique orientale, et le compte Arconovaldo Bonaccorsi, l’inspecteur général des milices fascistes. En outre, 370 officiers italiens (dont 45 de haut rang) furent faits prisonniers, ainsi que 2 574 sous-officiers et 1 533 soldats indigènes. Par ailleurs, 2 000 troupes irrégulières indigènes furent renvoyées chez elles.
La prise de Saio présenta un grand intérêt sur le plan matériel et stratégique : la Force publique s’empara de 18 canons et de 5 000 bombes, 4 mortiers, 200 mitrailleurs, 330 pistolets, 7600 fusils, 15 000 grenades et 2 millions de cartouches, 20 tonnes de matériel radio dont 3 postes émetteurs complets, 20 motos, 20 voitures, 2 chars blindés, 250 camions et 500 mules.
Le bilan humain coté soldats congolais : 42 tués, 5 portés disparus, 193 succombés aux blessures ou aux maladies. Parmi les porteurs congolais il y eut 274 morts, la plupart furent surtout victimes d’épuisement ou de la dysenterie.

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