2012-09-26- Et si on fabriquait notre machine à briques

Certains pays pauvres comme ma chère RDC se caractérisent par leur richesse en matière première d’une part, et leur forte dépendance aux produits finis importés d’autre part. Même lorsque les produits finis ne sont pas importés, la concentration des moyens de production par une étroite élite crée une rareté des produits nécessaires à soutenir un niveau de vie et un développement humain adéquat.
La concentration des moyens de production par une élite prive également la grande majorité de la population pauvres d’opportunités de faire affaire les uns avec les autres, et de contribuer ainsi à la prospérité économique de leurs communautés. Pire, ces populations échouent à moyen et long terme à développer un savoir-faire pouvant leur donner un quelconque avantage compétitif dans le village global. Leur pauvreté devient ainsi une spirale vicieuse.
A nos yeux une solution à ce problème réside dans l’éducation et le libre accès à l’information économiquement significative : procédés, designs, techniques.
Nous adoptons en ce sens la philosophie du mouvement Open Source. Ce mouvement consiste en plusieurs centaines d’entrepreneurs, de producteurs, d’ingénieurs, de supporteurs, d’amateurs, etc. à travers le monde, qui croient qu’une autre voie de développement est possible lorsqu’on lève toute barrière d’accès à l’information. Le développement collaboratif résultant de leur travail conduit au développement de meilleures pratiques accessibles gratuitement via Internet.
La collaboration globale dans le développement des processus et des produits conduit ainsi, dans cette philosophie, à la dissémination libre des meilleures pratiques. Cela est en totale opposition avec le paradigme dominant de nos jours où un petit nombre de « grosses » sociétés détiennent la capacité à produire la bonne qualité, lorsqu’elles n’ont pas carrément le monopole, et tout le reste est médiocre, lorsqu’il n’est pas tout simplement inexistant. Le développement économique Open Source a le potentiel d’élever le niveau des produits d’une économie locale, par opposition au renforcement de la médiocrité à travers les monopoles et le protectionnisme.
Une économie ouverte résoud aussi le problème artificiel de la rareté des produits finis et de la stabilité des communautés. En effet, tout bien manufacturé l’est au départ des matières premières que l’on trouve dans la nature –le plus souvent en grandes quantités- : les roches et les minéraux, les plantes, la lumière, l’eau, etc. La capacité à produire localement allège le problème de rareté une fois qu’une bonne distribution est mise en place. La capacité à substituer un matériau / produit stratégique par un autre sans réduire les standards de vie réduit également les risques de conflit et augmente la stabilité.
Comment y arriver ? Le mouvement Open Source est encore jeune mais se développe rapidement. Comme point de départ, il y a lieu de « localiser », c’est-à-dire adopter, reproduire, utiliser –améliorer s’il y a lieu- les technologies les plus pertinentes par rapport au contexte socio-économique ambiant.
Quel est le problème –solvable par des moyens technologiques raisonnablement accessibles- auquel font face les congolais aujourd’hui ? Il est difficile de donner une réponse unique à cette question, car il y en a en vérité plusieurs. Nous pensons toutefois que la question de l’habitat est une des préoccupations fondamentales de la population congolaise d’aujourd’hui. Non seulement chaque personne, chaque famille a besoin d’habiter dans une maison décente –et c’est loin d’être le cas aujourd’hui-, mais plusieurs activités nécessaires au développement économique ne sont pas possibles sans : maison d’habitation, école, hôpital, ferme, toilettes, etc.
En RDC le problème de l’habitat et plus généralement de la construction en dur est réel parce qu’il fait usage en général de ciment dont le prix constitue une barrière d’entrée. Cela tombe bien parce que la construction en bloc de terre compressés (autobloquants ou pas) est une technologie qui a fait ses preuves. Il est ainsi possible de construire des maisons d’habitation ou des bâtiments de haut standing avec des blocs en terre compressés. Les machines pour ce faire sont importées et onéreuses (au moment de ces écrits, selon les informations en notre possession, coût localisé entre 15.000 USD et 30.000 USD).
Nous choisissons donc comme point de départ la construction locale d’une machine à briques en terre compressée. L’objectif poursuivi : disponibiliser (au moins en terme de preuve de concept) une machine à faible coût –pouvant être achetée ou fabriquée à bas prix- permettant d’abaisser sensiblement la barre pour la construction d’une maison moderne. Si son prix est raisonnable, de pareilles machines, propriétés d’un individu, d’une société, d’une ONG, d’une communauté, etc. peuvent révolutionner la façon dont on se loge en RDC.
Une machine à répliquer existe : nous avons choisi la Liberator du projet OSE (Open Source Ecology).
La Liberator est capable d’une capacité de 6 à 12 briques par minute ; deux personnes peuvent fabriquer en 8 heures de travail les briques pour construire un mur de 1.83 mètres de haut, 6.1 mètres de long, et 30 cm de large. Le cout de fabrication est 6 à 10 fois inférieur au cout d’acquisition des presses commerciales
Nous allons publier dans un article prochain l’approche / méthodologie retenue pour fabriquer cette machine. Si un Congo où tout citoyen peut facilement construire vous fait rêver, si vous avez des idées, observations à partager, des remarques à faire, ou voulez faire partie de l’aventure, laissez-nous un commentaire ici (option A : moyen préféré) ou bien glissez-nous un email à spbutsana@yahoo.fr (Option B : à utiliser seulement si l’option A ne marche pas).

Publicités

Une Réponse

  1. bonne publication. comment avoir les détails de cette machine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :