2014-08-25 NTIC pour le développement

Un peu  partout sur le continent africain, les leaders politiques s’investissent activement pour promouvoir et développer les infrastructures informatiques et de télécommunications, faciliter l’accès aux nouvelles technologies, et  assurer la croissance d’un secteur NTIC local. Cela est souvent fait en partenariat avec des acteurs globaux : Microsoft, Google, Amazon, Samsung, etc.

Les prédictions de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) sont assez éloquentes :

  • L’Afrique et l’Asie/Pacifique sont les régions du monde avec les plus grands taux de croissance de téléphonie mobile, mais en même temps les plus faibles taux de pénétration pour la même technologie

 

  • 10% seulement de la population africaine était en ligne à fin 2010 ; en fin 2014 on attend 20%

 

  • Le taux d’accès large bande mobile était de 2% en 2010 ; ce sera 20% en 2014-08-25

 

  • Le taux de pénétration de la téléphonie mobile atteindra 69% en fin 2014-08-25

 

Quelques pays africains se distinguent clairement comme pionniers de cette transformation. Ils semblent avoir clairement compris que nous sommes à la croisée des chemins. Nous vivons une époque charnière qui, un peu comme la révolution industrielle avant elle, va ouvrir la porte à une ère nouvelle où rien ne sera comme avant. Plusieurs spécialistes s’accordent pour dire que l’étendue à laquelle les technologies vont affecter nos vies pourrait tout simplement être au-delà de nos prédictions…

Les autorités en Afrique du Sud, au Kenya, au Rwanda, au Nigéria –pour ne citer que ceux-là – sont en train de créer et consolider des environnements favorables au développement des NTIC et d’une économie basée sur le savoir.

Ces pays ont en commun qu’ils créent par des politiques ciblées une masse critique de talent disponible localement, facilitent et encouragent l’accès à la technologie –par exemple, quelques uns sont notoirement connus pour leurs «centres technologiques » pour jeunes entrepreneurs dans le domaine des NTIC, fournissant l’écosystème nécessaire pour le développement de produits qui bénéficient in fine à tout un spectre de domaines économiques : finances, éducation, santé, agriculture,… -, facilitent l’accès au capital et catalysent l’adoption par les consommateurs. Au Kenya par exemple, une application développée localement facilitent aux paysans de négocier des prix favorables pour leurs produits agricoles dans les marchés régionaux.

Dans tous les cas, la mutation évoquée ci-dessus sont largement portées par la jeunesse. C’est un jeu au terme duquel il y aura de grands gagnants et de misérables perdants. A ceux qui ont on ajoutera. A ceux qui n’ont pas on enlèvera même le peu qu’ils ont.

Que se passe-t-il en République Démocratique du Congo ?

  1. Matériel 

Si on est sérieux on peut difficilement parler des NTIC sans un minimum de matériel approprié. Le minimum du minimum c’est d’avoir accès à un ordinateur moderne. Si nous voulons demain pour la RDC un place de choix, il faut aujourd’hui mettre en place des politiques favorisant un accès massif à l’ordinateur. J’allais même dire à la propriété d’un ordinateur, mais un accès mutualisé est tout à fait envisageable et dans certaines conditions même souhaitable.

A notre avis, il faut mettre un ordinateur entre les mains de chaque enfant congolais en âge d’école primaire. C’est à nos yeux un point de départ crucial car l’option technologique n’est durable que si elle est comprise, adoptée et portée par cette jeunesse dont tous disent qu’elle est l’avenir de demain (mais que faisons-nous au juste pour elle ?). C’est leur créativité naturelle qui portera le progrès et le déclinera en plusieurs notes locales.

Pour ce faire, il faut développer des capacités locales de fabrication, montage, assemblage à bas coût (eh oui, nous sommes encore dans le tiers-monde, ne l’oublions pas). Des histoires à succès africaines existent :

  • Zenox Technologies (Nigeria) semble réussir comme fabricant d’ordinateurs
  • RLG Communications dessert un marché qui couvre le Ghana, le Nigeria et la Gambie. Il se distingue dans cette région comme fabricant d’équipements faible coût à coloration locale : télephones, tablettes, laptops, PCs, etc. RLG a inauguré cette année dans l’état d’Osun (Nigeria) une usine de montage capable d’assembler 5000 téléphones mobiles et 2500 laptops par jour

 

  1. E-Commerce

Vendre des biens et services en ligne est une tendance grandissante sur le continent. Elle ne manque pas ses charmes, forces et faiblesses. Un des atouts du commerce en ligne est de pouvoir toucher un public plus large – l’Afrique compte environ 650 millions d’abonnés mobiles.

Combien il y a-t-il d’entreprises congolaises qui font du commerce en ligne ?

Quelles mesures d’incitation il y a-t-il en faveur de jeunes entrepreneurs ?

 

  1. Accès à Internet

Il y a encore de trop nombreux congolais qui n’ont pas accès à Internet. Ceux qui ont accès à Internet n’ont le plus souvent à leur disposition qu’une faible bande passante, malgré les nombreux slogans «large bande » des opérateurs et ISP (de quelle bande passante parlent-ils ?) et la «fibre optique ». Car l’accès ne suffit pas, il faut lui joindre vitesse et qualité.

Quelles sont les politiques d’aujourd’hui pour donner demain un accès rapide et fiable au plus grand nombre de concitoyens ?

Internet aujourd’hui veut aussi dire «Cloud Computing ». Je  vois personnellement le Cloud comme une aubaine sans précédent pour les pays sous-développés, en voie de développement, et émergeants.  C’est une approche qui réduit sensiblement les barrières d’entrée à l’informatique de haut niveau pour les petites entreprises.

Une initiative vaut ici la peine d’être citée : la Microsoft Cloud Startup Academy vise à former une jeune élite africaine,  mettre 1 million de PME africaines en ligne, améliorer les compétences de 100 000 jeunes africains (cent mille) et aider à placer 75% d’entre eux dans le monde de l’emploi d’ici 2016. RDC ira ou n’ira pas ?

Le Cloud permet aussi de déployer des services convergeants. Ainsi par exemple, grâce à la technologie et un cadre réglementaire favorable, le Senegal et l’Afrique du Sud deviennent des références sur le continent en matière de centres d’appels externalisés / sous-traités pour de grandes marques internationales (ex. : Canal +, Amazon, etc.) avec un impact économique positif dans le pays (image, emploi, transfert de connaissances, synergies, taxes, etc.)

On le voit, quelque chose est entrain de se passer en Afrique : les forces disruptives du progrès, combinées avec la volonté de certains gouvernements de concentrer leurs énergies sur le développement des NTIC pour en faire un avantage compétitif national –et pourquoi pas devenir un acteur dans l’écosystème global- nourrit une véritable révolution digitale qui avance sans beaucoup de bruit. Certains en sortiront transformés et plus forts. Les léthargiques resteront  simples consommateurs des produits et technologies de leurs voisins. Il y avait déjà une fracture numérique entre le premier monde et le tiers monde. Il risque de se créer une autre fracture numérique entre nations moins développés. C’est l’heure des grands choix.

 

Référence : TechSmart Business, Issue 6, July/August 2014

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