Femme, Energie et Développement

Femme, Energie et Développement

C’est un fait largement reconnu que de nombreux projets de développements, conçus dans les pays développés en faveur de ceux qui le sont moins, sont souvent voués à l’échec car ils ne tiennent en général pas compte du facteur humain local, et en particulier de la culture des bénéficiaires.

Eût égard aux facteurs de développement humain que sont la longévité, le niveau d’instruction et le standard de vie, il y a même lieu de se demander si le développement a ne serait-ce que commencé à se réaliser dans les pays dits en développement, notamment en RDC.

Tant d’initiatives échouent à apporter un changement visible et durable dans la vie des bénéficiaires. Pourquoi ? Je suis convaincu qu’une partie au moins de la réponse réside dans le fait que la plupart d’entre elles n’ont pas de véritable point d’ancrage socio-culturel d’une part, et ne donnent pas d’autre part suffisamment tôt la responsabilité de croissance et de pérennisation des initiatives engagées aux populations bénéficiaires.

Les études de management révèlent une transformation importante dans les structures de la plupart des pays développés : le modèle de Ford-Taylor est de plus en plus en train d’être remplacé par des systèmes caractérisés par leur flexibilité et leur capacité à s’adapter rapidement au changement. C’est le cas par exemple de la firme automobile Toyota qui en moins d’un demi-siècle a supplanté tous les géants dans son industrie. Les autres grands noms du secteur, notamment les Big Three américains doivent leur salut à l’adoption des méthodes de gestion et de production de Toyota.

Je suis personnellement convaincu que le développement des technologies liées aux énergies renouvelables constitue une opportunité extraordinaire pour le développement (humain) de la RDC.

Pourquoi ?

Parce que l’énergie joue un rôle catalyseur de premier plan pour la survie et le développement humains. Pour sa plus grande partie, la population congolaise (celle du Congo rural aussi bien que le Congo urbain) n’a pas accès, ou n’a un accès que peu fiable, aux porteurs modernes d’énergie que sont l’électricité, les carburants liquides ou gazeux. Ces porteurs sont nécessaires à un spectre très large d’activités : le chauffage, la cuisine, l’éclairage, la puissance motrice, la réfrigération, etc. Leur absence réduit fortement les opportunités de gagner du revenu tout en handicapant sensiblement la qualité de la vie.

Environ 80% de l’énergie requise par les ménages est destinée a un usage thermique, essentiellement pour les besoins culinaires, et est essentiellement fournie par la biomasse (bois, charbon de bois). La ville de Kinshasa, à elle seule, a consomme environ 500 mille tonnes de charbon de bois sur l’année 2011.

Au terme du mois de mars, « mois de la femme », il y a lieu de constater que plusieurs millions de femmes et enfants congolais passent des heures chaque jour à transporter du bois et de l’eau, et sont privés ainsi des précieuses heures ainsi que des moyens nécessaires pour des activités à plus grande valeur ajoutée : s’instruire, gagner un meilleur revenu, s’occuper de soi-même, passer du temps avec sa famille, profiter de sa vie, préparer activement son avenir. Leur santé est elle-même mise en jeu. La chaîne énergétique traditionnelle au bas de laquelle les normes sociales contraignent les femmes et les enfants à opérer arrive ainsi à peine à assurer la survie des communautés et n’ouvre pas de perspectives de lendemains meilleurs. Les tendances actuelles d’exploitation intensive de la biomasse représentent aussi un danger pour l’environnement, c’est-à-dire les systèmes biologiques – chimiques – physique nécessaires à une bonne qualité de vie.

Ainsi, la nécessité environnementale – énergétique est là. Force est de constater que plus de 50 ans après l’accession de notre pays à l’indépendance, la modèle énergétique monolithique actuel a non seulement échoué à assurer une alimentation énergétique accessible et fiable à la grande majorité des citoyens, mais aussi et surtout manqué de provoquer une réaction en chaîne du développement des racines du Congo profond aux grandes agglomérations urbaines.

Pour moi, un tel constat appelle non de simples changements cosmétiques mais un véritable changement de paradigme : il faut coupler l’ingéniosité latente des communautés locales, leur désir d’expérimenter et d’apprendre, à une protection politique favorable pour retourner la crise énergétique actuelle en la transformant en opportunités d’affaires dans les énergies renouvelables, soutenues par un engouement populaire dynamique. Certains auteurs soutiennent que le développement, lorsqu’il basé sur la domestication de l’énergie et soutenu par une participation et un engouement populaires, peut faire passer un pays de « sous-développé » à « développé » en 35 ans.

Comment ?

Plusieurs technologies d’énergies renouvelables ont aujourd’hui atteint la maturité et il ne dépend que de nous d’en tirer les bénéfices. On peut ainsi domestiquer l’énergie de l’eau, du soleil, du vent, transformer la biomasse en carburant liquide,  ou encore extraire du gaz combustible des déchets organiques (biogaz, méthane). Je vais aborder dans cet article les biocarburants liquides ainsi que le biogaz. Les autres formes d’énergie seront traitées dans des articles à venir.

Les bio-carburants sont des carburants  développés au départ de certains produits agricoles. La grande contrainte liée au développement massif des bio-carburants est le besoin des grands espaces pour développer les cultures des espèces végétales de base. Bien plus, dans certains pays, l’usage alternatif des terres pour le développement de cultures vivrières limite l’attrait des bio-carburants. Ce qui peut être un inconvénient pour certains pays est un avantage pour la RDC car la terre, ce pays en a, et elle est même sous-utilisée. Il existe des biodiesel et des (bio)alcools. Les biodiesel sont en général plus aisés à produire et ont l’avantage de pouvoir remplacer totalement le pétrodiesel : une voiture, un camion ou un groupe électrogène fonctionnant au Diesel peut en général être alimenté avec du biodiesel sans qu’il soit nécessaire d’apporter le moindre changement au moteur.

Le biodiesel est d’autant plus attrayant qu’il se prête facilement à une production massive, c’est-à-dire a grande échelle, pouvant mettre au travail une abondante main d’œuvre avec un débouché certain du produit fini.

Le Biodiesel est en général produit au départ d’huiles végétales via un processus chimique connu sous le nom de « transestérification ». L’huile végétale utilisée est pour sa part en général extraite de noix ou graines. Il existe plusieurs espèces pouvant être exploitées : noix de palme, ricin, moringa, jatropha, etc. Une politique de développement des bio-carburants apporterait notamment les bénéfices suivants :

  1. Développement d’une économie de cultures locales, les agriculteurs pouvant produire les graines / noix puis les revendre à un presseur qui en extrait l’huile, ou bien assurant l’extraction de l’huile eux-mêmes. Les deux activités sont génératrices de revenu pour les agriculteurs aussi bien que l’Etat (taxes) ;
  1. La production d’huile évoquée ci-dessus peut être une activité à part entière. L’huile qui n’est pas utilisée pour la production de Biodiesel peut être destinée à la fabrication de savon ou d’autres applications (cosmétique, parfois alimentaire – cas de l’huile de palme, etc.)
  1. La transformation de l’huile végétale en biodiesel par transestérification requiert l’utilisation de méthanol, une substance chimique inflammable et toxique. Il est donc important que cette opération se fasse dans un environnement contrôlé, par des personnes compétentes. Au niveau d’un village il peut y avoir un centre de transestérification, qui peut prendre les allures d’une plus grande usine lorsqu’on fabrique pour une agglomération urbaine.

Le biodiesel respecte la planète parce qu’il est biodégradable, et parce que les émissions de CO2 produits par sa combustion sont totalement compensés par le CO2 absorbés par les plantes ayant produit les graines / noix (photosynthèse).

La jatropha en particulier est une plante qui a reçu beaucoup d’attention dans plusieurs pays. C’est une plante intéressante parce qu’elle a un bon rendement en huile (environ 1500 litres d’huiles par hectare – comparer au palmier à huile qui peut atteindre 5000 lites par hectare) et qu’elle peut bien pousser sur des terres trop pauvres pour des cultures vivrières. Elle ne demande par ailleurs que peu d’effort de maintien de la part de l’agriculteur. Les besoins annuels en pétrodiesel de la RDC s’élèvent à environ 350 00 tonnes métriques.
Pour pouvoir produire pareille quantité de biodiesel, il faudrait des cultures de Jatropha s’étendant sur environ 2 500 kilomètres carrés. Pour se fixer les idées sur cette étendue, disons que la ville de Kinshasa s’étend sur environ 10 000 kilomètres carrés, pour la plus grande partie occupés par la commune de Maluku (environ 7 800 kilomètres carrés). Nous parlons donc d’une surface cultivée énorme. Mais si l’on regarde l’entreprise sous l’angle communautaire où des exploitants de différentes tailles produisent leurs graines / noix et les vendent à des organismes (à nouveau communautaires, de préférence) qui en assurent l’extraction de l’huile, avant de les vendre aux sites / sociétés de transestérification.

Dans cette approche ou la participation communautaire est préférée à l’opération exclusive par des groupes d’intérêts prives –ce qui pourrait poser un problème d’éthique-, on peut voir se dessiner les contours d’une économie locale prospère assurant un revenu respectable a des milliers d’intervenants à tous les niveaux.
Il va sans dire que le centre de transestérification requiert un investissement en équipements relativement important, mais cela est largement justifié et rapidement compensé par le revenu direct de la vente du biodiesel, ainsi que les revenus indirects en termes d’économies de change résultant du fait que le produit final (carburant Diesel) n’est pas importé (il peut même, au contraire, être exporté dans la sous-région de l’Afrique Centrale ou des Grands Lacs).

Parlons à présent du biogaz. Il s’agit du gaz, riche en méthane, produit par la putréfaction anaérobie (c’est-à-dire en l’absence de l’air) de substances organiques. Chaque ménage génère régulièrement des déchets organiques sous formes de déchets de cuisine ou de déchets de toilettes. Les décharges publiques à travers les grandes villes de la RDC représentent aussi un intérêt certain de ce point de vue.

Le résidu qui demeure après la production de méthane par digestion bactérienne anaérobie des déchets organiques est une substance biologiquement inerte (c’est-à-dire quasiment sans microbes pathogènes), sans odeur, qui peut être utilisée comme fertilisant de grande qualité pour enrichir les sols (application immédiate en agriculture).

Des expériences concluantes ont été menées en Inde (plus de 100 000 générateurs de biogaz répertoriés) et en Chine (plusieurs millions).

La production de biogaz en zone rurale offre une belle opportunité de produire simplement un gaz combustible propre (le méthane brule bien sans produire de fumées, contrairement au charbon ou au bois) qui peut être utilisée pour la cuisson, l’éclairage ou encore la génération d’une force motrice. Il y a aussi possibilité de créer une économie locale de fertilisants.

En milieu urbain, la production de méthane peut contribuer à assainir l’environnement tout en valorisant les déchets organiques par leur transformation en énergie utile.

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